Guide de la transcréation, 1ère partie

Transcreation - Patricia Lane

Vade-mecum de la transcréation, 1ère partie

Clients et confrères me demandent assez souvent qu’est-ce qui définit ce type de projet, sur quelle base facturer cette prestation et comment en estimer les délais de réalisation.

Le sujet est encore revenu sur le tapis hier, sur la liste de discussion de la SFT, et je remercie Rupert Swyer pour sa proposition de titre pour cette série de billets un peu plus exhaustive !


Le terme est à la mode, de quoi parle le client ?

Transcréation, adaptation, tradaptation — l’expression est tendance et sa signification n’est pas la même pour tout le monde.

  • A un bout de l’échelle, ce n’est rien de plus qu’une excellente traduction rédactionnelle pour publication.

Dans un monde de course aux tarifs les plus bas possible avec pléthore d’individus se déclarant traducteur du jour au lendemain, parler « transcréation » plutôt que « traduction » est une démarche marketing adoptée par pas mal d’agences pour se différencier et facturer plus cher.

La plupart des traducteurs professionnels aux tarifs élevés que je connais (et dont je fais partie) le savent pertinemment : ce type de projet prend un temps fou, requiert une bonne plume, les logiciels de TAO entravent plus qu’ils n’aident notre productivité et notre
« rendement journalier » plafonne rapidement. La plupart du temps, nous ne gagnons pas plus par jour qu’un traducteur qui facture moins cher, mais qui traite plus de volume au quotidien.

  • A l’autre bout de l’échelle, l’adaptation de marques, slogans, titres, baselines et ainsi de suite.

Si le client a réfléchi en amont sur sa stratégie de marketing-communication, il intègre le volet « internationalisation » lors de la conception de son slogan ou baseline.

C’est rare, malheureusement, alors que ce serait dans l’intérêt du client et serviraient au mieux ses objectifs.

La plupart du temps, tout d’un coup, le client se réveille et veut soudainement « raisonner international ! »

Hop ! On traduit le bidule ! C’est là que nous recevons des demandes insensées de traduire 5 mots pour des clopinettes. Ouvrez les yeux : voyez-vous le nombre de slogans sur les affiches en France suivies d’une étoile (*) ? Avec, en bas de l’affiche, en caractères riquiqui, sa traduction littérale ?

Vous souvenez-vous de la campagne pour le nouveau dentifrice de Colgate, nommé Cue ?

Nommer une marque ou concevoir un slogan coûte souvent des dizaines de k€ à concevoir dans la langue source : brainstorming entre le client et l’agence de pub, études de marché, propositions du directeur créatif, story-boards, prétests et ainsi de suite. Le processus de création de cette marque ou de ce slogan dans une autre langue et pour une autre culture ne devrait pas être *si* différent. A minima, il faut un excellent brief client et pouvoir, au moins une fois, faire un brainstorming avec lui.

Une tarification au mot est une hérésie qui démontre avant tout que votre interlocuteur n’a pas l’idée première de la prestation demandée.

La rémunération devrait être basée sur la *valeur ajoutée* de votre travail et être cohérente avec la rémunération des membres de l’équipe de conception d’origine!

La suite de la série : les bases de la tarification et estimation des délais de réalisation

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Comments: 10

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  • Brillant ! Je pourrais envoyer un lien vers ce billet (et le suivant certainement) à une ou deux agences qui me demandent de temps en temps de traduire des slogans payés au mot…
    Merci pour cette explication détaillée.

     
     
     
  • Emma Paulay

    Lorsque un client m’a demandé une “transcréation” j’ai facturé à l’heure. Cependant, le travail n’était effectivement pas différent de ce que je considère être une bonne traduction.

    D’ailleurs, lorsque j’ai décrit ce qu’on entend souvent par “transcréation/adaptation” à la personne qui s’occupe de mon site web, elle m’a dit “Mais, ça c’est de la traduction normale, non?” Pour moi, oui!

    Après, un slogan, c’est une autre paire de manches…

     
     
     
  • @Sophie – Avec les deux autres billets à venir, tu devrais avoir assez de munitions !
    @Emma – Bravo à la personne qui s’occupe de ton site, elle a tout compris. C’est comme Zara et Zapa – marques de prêt-à porter: une lettre de différence…et tout un monde — qualité, matériaux, coupe, finitions, tenue…

     
     
     
  • @ Patricia – Merci beaucoup de consacrer une série d’articles à ce sujet, d’autant que je fais partie de celles et ceux qui ont frappé à votre porte ;-)

     
     
     
  • Mon plaisir Véronique ! Je suis très contente que cela intéresse et rend service. N’hésitez pas, si vous avez des sujets ou questions que vous souhaiteriez voir débattus ici, faites-m’en part !

     
     
     
  • Le sujet est extrêmement intéressant et je suis impatiente de lire la suite. Je suis en pleine réflexion en ce moment sur ma tarification (au mot ? à l’heure ?) et cet article tombe juste au bon moment ! Merci !!
    Comme Sophie, une agence avec qui je collabore aurait bien besoin de le lire !

     
     
     
    • La 2ème partie cuit à petit feu, patience! Promis, c’est pour la semaine prochaine :)

       
  • […] I’d like to share some of Patricia’s recent writings (in French) on transcreation. Guide de la transcréation, 1ère partie, Guide de la transcréation, 2ème partie and Guide de la transcréation, 3ème partie. Very […]

     
     
     
  • Joran

    Bonjour à tous,

    En tant que traducteur actuellement en stage dans une agence de traduction, ce billet m’a beaucoup intéressé et je vous en remercie plus 3 ans après.
    Si les agences souhaitent utiliser la transcréation pour facturer plus cher, nous les traducteurs pouvons en profiter pour surfer sur cette vague en ciblant les agences qui comprennent et respectent notre travail (elles existent !) car si ces agences gagnent plus d’argent, cela nous ouvre des possibilités.

     
     
     
    • Bonjour Joran,
      Merci pour votre commentaire; je suis ravie que cette série de billets vous ait plu.
      Je ne sais pas si c’était le sens de votre deuxième paragraphe, mais le cas échéant.. C’est à nous, traducteurs, de définir nos tarifs, de démontrer notre valeur ajoutée et d’en défendre ce qu’elle vaut. Pas l’inverse. Il ne faut jamais oublier qu’agences et indépendants n’ont pas le même business modèle. Les agences vendent un volume et s’en servent comme effet de levier pour jouer sur les prix et préserver leurs marges. Nous vendons notre temps et notre expertise; le premier n’est pas extensible, le second prend des années à acquérir. Rapporté à l’unité, cela ne nous prend pas moins de temps ou de compétences de traduire 1 page ou 100 pages….D’autant plus dans le contexte d’une transcréation !

       
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