Source ou cible : quelle maîtrise prime ?
L’exigence dominante de ne traduire que vers sa langue maternelle implique que la maîtrise de la cible prime.
Naturellement, il est préférable de nuancer l’affirmation : aujourd’hui, encore, une série d’échanges avec un prospect souligne l’attention insuffisante portée parfois à la terminologie spécialisée (en l’occurrence, juridique) du texte source, qui n’a pas forcément sa contrepartie en langue cible.
L’enjeu du document concernait une structure fiscale qui n’existe pas en droit américain, or la traduction du document s’adressait à l’administration fiscale américaine. Des recherches initiales sur Internet donnaient une description générale des attributs de ce type de structure, mais sans me satisfaire suffisamment pour m’engager dans cette traduction (autrement relativement limpide) et me porter garante du rendu. Les praticiens experts qui auraient pu éclairer ma lanterne sur ce point précis étaient partis pour les fêtes de fin d’année.
Que faire ? Accepter le projet, sachant qu’un léger doute me tarauderait ou bien le refuser simplement à cause de la possibilité qu’un léger flou juridique pourrait être en filigrane de ma copie ?
Conscience professionnelle oblige, surtout vu les enjeux (on ne rigole pas avec le fisc américain!), j’ai refusé le projet, expliquant mon raisonnement au prospect (une petite agence en Europe) et lui conseillant d’impliquer un juriste du pays de la langue source dans le projet.
Sans surprise (mais cela me surprend toujours), le prospect persista à penser qu’un traducteur anglophone ferait l’affaire, m’envoyant en prime (“car cela pourrait [me] servir un jour”) les mêmes sources Internet que j’avais déjà évoquées comme exemples de recherches suffisantes pour effectuer le travail !
Maîtriser la langue et le droit du pays cible est une condition nécessaire, mais insuffisante. La maîtrise du droit du pays source est incontournable pour effectuer une traduction irréprochable.
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