Etude de cas : rédiger ou traduire ?

defi

Rédiger dans ou traduire vers la langue requise ? Où seraient mieux investies les ressources disponibles ? C’est une question stratégique que le donneur d’ordre devrait (ou aura à) se poser sur des dossiers clés.

La pause que j’allais prendre entre Noël et le Nouvel An a été sacrifiée pour sortir une entreprise cliente d’une grave ornière.

La question ci-dessus n’avait même pas été envisagée alors que :

- le livrable devait être en anglais
– l’élaboration et la finalisation du dossier risquaient de frôler l’heure butoir

Ce billet vise à proposer des alternatives pour réussir à conjuguer excellence du livrable et maîtrise du budget.

Le contexte

Mon client a été missionné à l’automne 2010 pour préparer un dossier de candidature pour un important concours. Ce dossier devait être soumis uniquement en anglais au tout début janvier 2011. La préparation du dossier était compliquée par le nombre d’intervenants, en amont comme en aval.

Première prise de contact

L’entreprise m’a contactée à la mi-décembre 2010 pour connaître les possibilités de traduire un document en cours de réalisation d’environ 60 pages en 48 heures, juste avant le réveillon de Noël.

J’ai passé plusieurs jours à établir un rétroplanning avec mon client, à trouver des collègues chevronnés pour faire équipe sur ce projet, et à préparer une proposition.

Nous n’avons pas conclu pour deux raisons:

– Le client ne pouvait s’engager sur une date et une heure à laquelle le document serait disponible, ni sur le volume maximal.  Je sentais que les 48 heures pour effectuer le travail allaient fondre comme peau de chagrin, le moment de livraison ne changeant pas pour autant. J’ai donc refusé de donner suite.

– Le client a trouvé le devis trop cher. Or, j’avais été plutôt cool, minorant la majoration “urgence” et ne facturant pas le volet gestion de projet (sur lequel j’avais déjà passé beaucoup de temps en amont).

Opération de sauvetage

Le client avait ensuite confié le projet à une agence.

Comme dans beaucoup d’entreprises – et à tort ! – l’adaptation ou la traduction est considérée comme de la “production”, au même titre que la reprographie ou la transcription.  Alors que l’équipe de conception-rédaction est choisie et mise en place au lancement du projet, le choix du linguiste, qui doit élaborer le document à être soumis, se fait à la dernière minute.

Le service des achats avait donc fait son boulot et trouvé le moins-disant disponible pour ventiler le pavé et tenir les délais. Le chef de projet d’astreinte pendant les fêtes a remarqué que les premiers chapitres livrés ne répondaient pas à la qualité requise.

D’où l’appel SOS pendant les fêtes, Patricia, qu’en pensez-vous, qu’est-ce qu’on fait, que pouvez-vous faire ?

Il a fallu tout retraduire, et les changements, additions et révisions continuaient à arriver, intégrés directement dans le dossier en anglais.

Le bilan : Outre la double facture de traduction, l’équipe interne a accumulé les heures supplémentaires, le stress et la peur de ne pas arriver à livrer à l’heure.  Le dossier en français ne correspond plus à la version finale en anglais, son existence ne sert plus à grand-chose.

Recommandations

Dans un cas comme celui-ci, la solution optimale est d’inclure un rédacteur anglophone parfaitement bilingue et biculturel à l’équipe projet :

  • le dossier doit être soumis uniquement en anglais
  • tous les intervenants lisent et comprennent suffisamment bien cette langue pour en apprécier l’écrit
  • les réunions de travail et les chemins de fer détaillés seraient en français, le rédacteur anglais rédigeant directement dans sa langue maternelle
  • la gestion du projet est totalement optimisée : réduction de nombre de phases, réduction des délais, réduction des coûts, procédures de révision structurées, et qualité rédactionnelle garantie.

La deuxième solution, si le dossier doit être rédigé **dans les deux langues**, est de choisir et d’intégrer le bon linguiste dès le début à l’équipe projet. Ceci permet:

  • d’éviter les mots et expressions impossibles à traduire
  • d’élaborer un glossaire validé pour garantir une terminologie précise et harmonisée
  • de s’accorder sur une charte de langage
  • de structurer le déroulement de l’argumentaire en conformité avec les normes et habitudes de chacune des deux cultures cibles
  • de rédiger simultanément en deux langues ou d’adapter les textes en anglais au fil de l’eau pour obtenir un style  fluide et percutant.

Take-away

Aujourd’hui, nombreuses sont les entreprises qui ont des besoins rédactionnels bilingues français-anglais ou uniquement en anglais.

La méthode habituelle qui consiste à produire en priorité le contenu dans une langue, puis de faire intervenir la phase traduction en bout de chaîne est caduque.

C’est la recette catastrophe dans un cas comme celui-ci.  Trop de temps, de ressources et d’énergie sont investis à la conception du document qui ne sera pas soumis !

Travailler en partenariat avec des rédacteurs et linguistes chevronnés vous permet d’allouer intelligemment vos ressources et d’optimiser le retour sur investissement et le planning de votre projet.

En amont, posez-vous la bonne question : faut-il rédiger ou traduire et quand ?

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Comments: 4

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  • Bravo pour ce post très utile.
    Les traducteurs sont d’ailleurs bien placés pour élargir leurs compétences à la rédaction technique, et c’est probablement l’une des directions que la profession va suivre à l’avenir…

     
     
     
  • […] This post was mentioned on Twitter by Patricia Lane and Jane Roffe, La Rassegna. La Rassegna said: ► Etude de cas : rédiger ou traduire ?: Rédiger dans ou traduire vers la langue requise ? Où seraient mieux inv… http://bit.ly/e1rdpL […]

     
     
     
  • Emma Paulay

    Oui, les entreprises se compliquent trop souvent la vie en faisant les choses à la dernière minute. Nous pouvons essayer de les “éduquer” bien sûr. Mais malheureusement je pense qu’il faut ils se fassent avoir comme ceci au moins une fois avant de comprendre!

    Je suis d’accord avec Sabine sur le fait que la rédaction technique est une piste à explorer.

     
     
     
  • Merci Sabine et Emma pour vos commentaires. En effet, la rédaction technique ou créative est un débouché quasi naturel pour les traducteurs.

    Je dis “quasi”, car bien qu’un bon traducteur doit être un bon rédacteur, rédiger en direct (pensez à la page blanche !) est une autre paire de manches que d’adapter un contenu existant. Pour certains, cela vient naturellement (et peut être plus agréable que de recréer un texte source mal fichu), pour d’autres il faut acquérir une certaine souplesse et créativité rédactionnelle ainsi que les techniques de construction/structuration du document requis. Heureusement, les formations professionnelles dans ce domaine ne manquent pas !

     
     
     
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